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UN COLONIAL
Ce qu'ils en pensent......

Un Colonial, Six Ans en Guinée, Quarante Ans en Indochine de 1898 à 1946Gilles de GANTÈS, agrégé d’histoire, spécialiste du Vietnam, texte publié dans le numéro 13 de la revue Moussons,  2010

« Félix Dioque (1880-1948) fut un personnage important de l’administration coloniale en Indochine ; il a vécu au Vietnam de 1906 à 1946 ; son petit-neveu nous en livre sa biographie, largement fondée sur des archives familiales privées, un travail qui peut intéresser à la fois les spécialistes du Vietnam et les spécialistes de la colonisation.

Félix Dioque est issu d’une famille originaire des Hautes-Alpes marquée par les engagements pour la libre pensée, la maçonnerie et le socialisme. Aîné d’une famille de trois enfants, il interrompt ses études au décès de son père en 1894 et, suivant une tradition bien établie dans les régions montagneuses de la France méridionale au XIXème siècle, il part chercher sinon la fortune, au moins un emploi, outre-mer. Le cas des Barcelonnette du Mexique occulte encore les courants migratoires alpins vers les colonies françaises et notamment vers l’Indochine, surtout après 1885, dont les frères Borel (de Saint-Julien en Beauchêne) fournissent un autre exemple. Georges Dioque quant à lui n’est pas regardant quant au choix de la destination : il part pour la Guinée pour le compte d’une entreprise marseillaise approchée grâce à ses relations familiales avant de postuler pour un poste administratif dans n’importe quelle colonie, qu’il tente d’obtenir, là encore, par le biais de ses relations politiques au Parlement (Clovis Hugues, Euzière, Girod, François Deloncle, Astier). Il est finalement nommé préposé des Douanes et Régies de l’Indochine en 1906 et occupe alors divers postes en Annam (il réside notamment dans la région de Qui Nhon au moment de la révolte dite des cheveux coupés) et gravit régulièrement les échelons, d’autant qu’il parle assez rapidement la langue vietnamienne. Dès le début des années 1920, tout en demeurant officiellement aux Douanes, il est chargé de tâches policières et finit par intégrer le service de la Sûreté en 1926, où sa carrière est encore plus brillante puisqu’il franchit six grades entre le 1er janvier 1926 et le 1er janvier 1935. Il participe à la destruction des principaux partis nationalistes vietnamiens dans les années 1930. La fin de la carrière de F.D. est très curieuse : mis à la retraite en 1936, maintenu en service à la demande du gouverneur général, de nouveau rappelé en Indochine en 1939 alors qu’il est en congé en métropole, il semble avoir été chargé de coordonner (ou de contrôler ?) les services policiers de l’Indochine du printemps 1940 au 9 mars 1945, mais à titre informel, ce qui fait qu’il n’apparaît pas dans les organigrammes et ne fut inquiété ni par les Japonais après le 9 mars, ni par la commission d’épuration après 1945. Il est rapatrié en 1947 et meurt l’année suivante à Nice.

Comme toute trajectoire individuelle, celle de Félix Dioque présente des traits réellement originaux : son évolution personnelle d’un républicanisme le plus militant dans les années 1890/1900 (dont il recueille sans nul doute les fruits dans les débuts de sa carrière) au monarchisme (après 1910, sous l’influence de Henri de Monpezat) ne manque pas de faire sourire par exemple. Pour autant, sa carrière est assez typique de celle des fonctionnaires coloniaux de sa génération par l’importance des réseaux maçonniques ou par sa formation initiale relativement succincte (pas question d’Ecole coloniale dont il brocarde les anciens élèves, ses concurrents directs : il n’est même pas bachelier). Pour cela, sa biographie est instructive pour les spécialistes de la colonisation : parmi d’autres détails, le récit des formalités courtelinesques qui suivent son débarquement à Saigon (page 193), celui des critiques subies de ses supérieurs parce qu’il étudie le vietnamien et que cela prend du temps sur son travail de bureau ou bien la façon dont il travaille d’arrache-pied pour son examen de vietnamien… tout en essayant d’approcher un des membres du jury rendent à merveille l’ambiance de l’époque, impossible à ressentir lorsqu’on se borne à la lecture des innombrables rapports produits par l’administration coloniale. Les lettres de Félix Dioque (à sa mère pour la plupart de celles dont les extraits nous sont ici proposés) donnent également bien des détails sur la vie quotidienne des Vietnamiens de l’époque et sur leurs réactions dans les années 1908/1910 : la source est extérieure bien sûr, mais Félix Dioque parlait la langue et vivait dans des postes isolés de l’Annam dans ces années-là, ce qui rend le témoignage précieux, d’autant qu’il adoptait un ton très libre. De ce point de vue, la partie de la biographie consacrée aux années 1920 est sans doute moins originale : Félix Dioque écrivait moins semble-t-il et, vu le niveau de responsabilités politiques auquel il était parvenu, il pouvait probablement moins livrer de renseignements tirés de ses observations personnelles. Le biographe n’est pas en cause ici, mais la nature des sources, car on doit souligner le souci didactique de Georges Dioque : dans toute la première partie, les extraits de lettres privées sont notamment constamment mis en perspective en s’appuyant sur les travaux universitaires les plus récents. Même souci pour les années 1920/1940 : Georges Dioque a été jusqu’à étudier les plans de table des dîners donnés par Decoux (page 399) pour comprendre la position officieuse de son grand-oncle et il livre un témoignage inédit et rare sur l’ambiance à Hanoi après le 9 mars par un fonctionnaire français requis à son poste et pouvant donc circuler dans la ville. Cependant, pour les années 1925/1945, les pièces originales reproduites sont plus souvent des rapports administratifs (ce qui ne manque pas d’intérêt pour les non spécialistes, même si les historiens connaissent ces pièces) que des lettres privées.

Une des difficultés des historiens travaillant sur l’histoire du Vietnam à l’époque coloniale est la surabondance de sources administratives dont il est bien difficile de se dégager : on ne saurait donc trop encourager l’édition de tels témoignages privés, vietnamiens comme français qui permettent de relativiser les rapports officiels. »

Ce qu’ils en pensent……

Jean COUSSO, président de l’Association des Amis du Vieux Hué (AAVH)
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Rapport de Jacques SERRE de l’Académie des Sciences d’Outre – Mer qui a conduit la commission des prix littéraires de cette Compagnie  à accorder à Georges Dioque le prix Auguste Pavie 2009
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Louis GONDRE, texte destiné au bulletin 2009 de la Société d’études des Hautes-Alpes
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François HIEDSIECK, bulletin de l’Académie delphinale, n° 9 décembre 2008, rubrique « Bibliographie »
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Philippe DUMONT, rédacteur en chef des Carnets du Viêt Nam, dans le numéro 21 (avril 2009) de cette revue
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François BILLY, Le Dauphiné libéré, rubrique « Le livre du dimanche » du 23 novembre 2008
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Ils en parlent.....

L’association des Anciens du Lycée Albert Sarraut de Hanoï (ALAS) a fait état de cet ouvrage dans son bulletin d’information n° 184  du 1er trimestre 2009.

Dans sa livraison d’août 2009 (n°197), La Cohorte, revue trimestrielle de la société des membres de la Légion d’honneur, a signalé à ses lecteurs la sortie de ce livre.

De même, la publication de cet ouvrage a été mentionnée dans le bulletin n°19, décembre 2009,  de l’association AROM (amitié – réalité – outre mer)

Sommaire

Cet ouvrage comprend dix-sept chapitres d’inégale importance, mais correspondant aux différentes étapes de la vie de Félix – Joseph Dioque :
Avant-propos
Introduction
- En Guinée
- Intermède métropolitain I
- Second séjour en Guinée
- Intermède métropolitain II
- L’Indochine….enfin !
- Dans la brousse en Annam
- L’année 1908
- Le broussard misanthrope
- Taciturne à Tourane…heureux en congé…joyeux drille à Hanoï !
- La Grande Guerre et un violent typhon à Tourane
- Gabelou ou flic ?
- En famille
- Le gabelou – flic
- Flic !
- Le contrôleur général
- Retraité ou directeur ?
- Le « retraité requis »
Annexes
- La carrière en Guinée et en Indochine
- Les traversées
- Les patrons et notamment les gouverneurs généraux
- Les rues de Hanoï
Index des noms propres
Sources et bibliographie

24 euros

448 pages ; nombreuses illustrations ;
publié en 2008
ISBN 978-2-904071-07-2