AccueilAu Sujet de l'AuteurContact

UN COLONIAL
Ce qu'ils en pensent......

Un Colonial, Six Ans en Guinée, Quarante Ans en Indochine de 1898 à 1946Louis GONDRE, texte destiné au bulletin 2009 de la Société d’études des Hautes-Alpes

« Faut-il présenter Georges Dioque ? Aujourd’hui administrateur de la Société d’études des Hautes-Alpes, membre associé de l’Académie delphinale, président de la Fraternelle des Hautes-Alpes à Paris, ancien directeur au Centre français du commerce extérieur, ancien conseiller régional de l’Ile-de-France, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la vie régionale, notamment du Dictionnaire biographique des Hautes-Alpes, et de l’histoire bimillénaire de Chorges, Au Pays caturige.

Son dernier livre, publié fin octobre 2008, intitulé Félix Dioque, UN COLONIAL, suscite, pour le lecteur, l’admiration tant de l’auteur que du personnage hors norme dont il dresse la biographie. Celui-ci, haut fonctionnaire, l’un des plus proches du gouverneur général, ne pouvait se douter début juillet 1946 en regardant pour la dernière fois s’éloigner la terre de l’Indochine où il avait passé quarante années, après six autres en Guinée, que soixante ans plus tard son petit-neveu écrirait son histoire qui est celle de l’épopée coloniale française.

Le grand mérite de Georges Dioque est d’avoir dépouillé des centaines de lettres que Félix adressait à sa mère, de les avoir classées puis confrontées aux documents d’archives et à une soixantaine d’ouvrages pour mieux éclairer les évènements de la première moitié du XXe siècle, et ainsi de nous offrir une vision très réelle et très exacte de cette époque. C’est un voyage dans le temps pour ceux qui veulent découvrir la vie coloniale de tous les jours en Afrique et en Asie. C’est une mine pour les passionnés d’Histoire et les chercheurs qui ne peuvent se satisfaire du discours convenu sur la colonisation. C’est un moment d’émotion et de fierté pour nous Haut-Alpins de suivre cet enfant du pays dans sa belle ascension vers les sommets.

L’ouvrage comporte deux parties : la première reproduit des lettres de 1898 à 1920 qui constituent la trame du texte avec des commentaires, c’est une sorte d’autobiographie ; la seconde est formée de récits tirés des recherches minutieuses et de lettres devenues moins fréquentes de 1921 à 1946. L’ensemble comporte dix-sept chapitres correspondant aux différentes étapes de la vie de Félix Dioque, et de nombreuses illustrations.

Le lecteur sera tenté de lire le livre de la première à la dernière page, mais il pourra aussi choisir, en fonction de sa curiosité, les chapitres sur lesquels se porte son centre d’intérêt. L’examen de l’ouvrage est facilité par l’existence d’une table des matières très complète, d’un index des noms des personnes et de tableaux chronologiques ; s’y ajoute une bibliographie abondante qui peut suggérer des lectures complémentaires.

En reproduisant des lettres parfois longues, Georges Dioque a eu la sagesse de ne pas amputer le texte d’une manière sélective et de conserver à celui-ci tant sa spontanéité que son langage direct. L’œuvre nous permet d’accompagner Félix dans son aventure ; au fond c’est un film dont le metteur en scène est l’auteur et le personnage l’acteur.

Levons quelques instants le voile sur la vie de ce Haut-Alpin né en 1880 à Gap , fils de magistrat, qui a perdu son père à l’âge de quatorze ans et qui a été élevé par sa mère dans une tradition familiale empreinte de l’esprit du siècle des lumières. À dix-huit ans, il est engagé comme commercial par la Compagnie française de l’Afrique occidentale. Il s’embarque le 5 novembre 1898 pour la Guinée où il est affecté dans un comptoir de brousse, il ne reviendra que pour effectuer son service militaire et préparer son avenir car il est décidé d’entrer dans l’administration coloniale.

Il nous fait découvrir l’Afrique profonde au climat épuisant où les relations humaines sont difficiles notamment avec les anciens sous-officiers, investis de pouvoirs dans la compagnie commerciale, qui sont un peu méprisants à l’égard du nouvel arrivant et des indigènes. Il nous fait deviner sa vie sentimentale, interrompue par l’éloignement de la métropole, l’attachement qu’il porte à sa mère toujours soucieuse du bonheur de son fils.

Lorsque le 18 avril 1904, Félix apprend sa nomination dans le cadre des Affaires indigènes, il en informe l’administrateur et donne sa démission à la Compagnie. Il sous-estime alors le conflit qui va opposer l’agent principal de la société au gouverneur, au point que ce dernier lui fait comprendre qu’il est préférable de rester à son poste commercial. Ses lettres permettent de mesurer le poids de la Compagnie sur l’administration dont elle attend la prospérité de ses affaires.

Un an plus tard Félix est avisé qu’un arrêté du gouverneur général de l’Indochine le nomme préposé des douanes et régies. À sa demande un délai lui est accordé pour sa prise de fonctions et le 15 avril 1906 il s’embarque pour Saïgon. Il est affecté d’abord à Cholon en Cochinchine puis à Degi sur la côte d’Annam. Très tôt il acquiert la confiance de ses supérieurs, on lui confie, en plus de la gestion d’une saline, la mission d’observer le mouvement des navires étrangers pour prévenir la livraison d’armes.

Son analyse de la situation intérieure est pertinente, il a une vision prophétique de l’avenir lorsqu’il écrit le 12 juin 1907 : « L’Indochine ou tout au moins le Tonkin va nous échapper. » Dans ses lettres il évoque les conséquences de la destitution du souverain d’Annam, la guérilla provoquée par des jeunes « aux cheveux courts », et un complot entre l’ancien roi en exil à Alger et les Japonais. Comme on le constate, ce n’est pas seulement sa propre histoire que Félix Dioque raconte, c’est aussi l’Histoire de l’Indochine.

Sa volonté de réussir est évidente, il passe le concours de commis et présente plus tard celui de contrôleur. il obtient le brevet supérieur de langue annamite. Un congé en métropole lui permet de revoir ses Alpes : « Ce merveilleux pays, le plus beau de tous, où le ciel est toujours bleu. »

Au mois d’août 1914 Félix est à Hanoï, personne ne peut quitter la colonie. Il rage de ne pouvoir rentrer en France pour se battre, il sera seulement appelé à deux reprises pour des périodes sur le territoire indochinois. À Tourane le 27 octobre 1915, il est le témoin d’un typhon d’une extrême violence, il se dévoue au péril de sa vie pour sauver les époux Viaud et leurs enfants. Il fait alors l’objet d’un rapport très élogieux, sa notation est d’ailleurs excellente, il est considéré comme un fonctionnaire d’élite destiné aux plus hauts grades.

Il relate les évènements qui agitent l’Indochine à cette époque, la propagande nationaliste, la rébellion des soldats annamites, la tentative d’un officier turc pour endoctriner les musulmans, le torpillage de paquebots français. Alors que la guerre se poursuit en Europe, il est choqué par le comportement des parlementaires français qui ne pensent qu’à renverser le gouvernement pendant que le pays est en danger. Lui, que ses convictions situaient plutôt à gauche, commence à douter de la République et à s’intéresser au programme du duc d’Orléans sans toutefois s’y rallier.

Ses qualités professionnelles, sa connaissance de la population, sa vision de l’avenir sont appréciés par la haute administration. Le directeur de la sûreté lui propose d’être détaché dans son service pendant deux ans avec possibilité d’y être intégré. Après hésitation Félix Dioque accepte, il fait ses débuts au gouvernement général de l’Indochine à Hanoï en devenant chef de bureau au service central de renseignements et de sûreté générale.

Il est maintenant l’un des fonctionnaires les mieux informés de la situation intérieure. Il devient le conseiller du gouverneur général qu’il accompagne dans ses déplacements en Indochine et dans les pays voisins. Il découvre la Chine par le chemin de fer du Yunnan qui lui évoque celui de Vizille à Veynes par Lus la Croix Haute, ce qui témoigne que les Hautes-Alpes sont toujours présentes dans sa pensée.

Sa position de détaché devient inconfortable : le 1er janvier 1926 il intègre officiellement le cadre de la sûreté, on lui décerne le titre de contrôleur honoraire des douanes. Ses notes sont excellentes, il est qualifié de « parure de l’administration », on souligne « sa clairvoyance, sa rectitude de jugement, sa haute valeur morale. » Il est promu très vite contrôleur général de la sûreté et un an plus tard décoré de la Légion d’honneur. Il épouse Luce Viaud qu’il a sauvée lors du typhon.

En 1933, il est nommé chef du service central de renseignements et de la sûreté générale. Sous son impulsion la sûreté atteint une réelle perfection dans son activité de renseignement, le parti nationaliste est anéanti et le parti communiste est démantelé.

Il part en congé en métropole à cinquante quatre ans ; il ne devrait pas revenir, car un fonctionnaire ne peut regagner la colonie s’il doit atteindre l’âge de la retraite – cinquante sept ans - pendant son nouveau séjour, mais son retour est estimé indispensable. Aussi le gouverneur général décide de son maintien en fonction jusqu’à cinquante sept ans, ce qui n’empêche pas le ministre des Colonies d’ordonner sa mise à la retraite à compter du 13 janvier 1936. À Hanoï on contourne alors la difficulté en le maintenant en fonction jusqu’à fin 1937 et même en 1938 en le faisant nommer au poste honorifique de directeur général de l’Agence radiotélégraphique de l’Indochine et du Pacifique, ce qui lui permet de poursuivre son activité à la sûreté.

Sa présence est d’autant plus nécessaire que l’opposition anti-française, tirant profit de la présence d’un gouvernement de « front populaire » en France, n’est plus clandestine. Le nouveau gouverneur général, Jules Brevié, nommé par celui-ci, doit se rendre à l’évidence face aux manifestations et ordonner les mesures qui s’imposent.

Le 8 février 1939 Félix Dioque se résigne à rentrer en France, ce sera pour bien peu de temps car le 30 novembre 1939, le général Catroux, nouveau gouverneur général, demande son retour. Le retraité est alors officiellement requis en raison de la guerre, il reprend ses fonctions au gouvernement général. Les évènements vont se précipiter, le maréchal Pétain étant devenu le chef de l’État français, le 16 juin 1940, le gouvernement japonais adresse un ultimatum au général Catroux pour qu’il accepte de fermer la frontière avec la Chine et accueille une mission nippone ; celui-ci est remplacé par l’amiral Decoux.

La pression japonaise est permanente. Le nouveau gouverneur général doit autoriser le stationnement des troupes en contrepartie du maintien de la souveraineté française. Malgré cela les interventions se multiplient, telles l’attaque du poste de Langson et l’agression thaïlandaise, soutenue par les Japonais, qui aboutit en janvier 1941 à la cession de territoires du Cambodge et du Laos.

La tâche de la sûreté se complique avec l’arrivée de la gendarmerie nippone, tandis qu’elle doit faire face aux insurrections suscitées par les nationalistes et les communistes. Petit à petit la résistance gaulliste s’organise, des fonctionnaires s’y rallient ; on apprend que le général Mordant a été nommé délégué général pour la libération de l’Indochine, la direction est alors bicéphale.

La sûreté est informée qu’un coup de force japonais se prépare ; il a lieu le 9 mars 1945 après le refus de placer les troupes françaises sous commandement nippon. Les garnisons sont attaquées, les militaires sont internés dans des citadelles, des horreurs sont commises. La situation s’inverse le 14 août 1945 après la capitulation du Japon mais le vietminh tente de s’emparer du pouvoir. La libération du territoire est confiée par les alliés, aux troupes anglo-françaises pour la partie Sud et aux Chinois pour la partie Nord. L’arrivée de ces derniers est folklorique mais inquiétante, d’autant qu’ils amènent avec eux des nationalistes vietnamiens. Cette relève donne lieu à des incidents violents. La guerre d’Indochine va commencer. Le 18 mars 1946 le général Leclerc entre dans Hanoï.

Pour Félix Dioque l’heure du grand retour est venue. En s’embarquant pour la France, il n’a pas à rougir du qualificatif de « colonial », lui qui était noté comme ayant une haute valeur morale et qui avait appris les langues indigènes pour être plus proche des peuples dont il avait perçu très tôt le devenir. Il s’éteint le 15 décembre 1948 en métropole.

Il s’inscrit dans la grande lignée des Haut-Alpins partis pour des terres lointaines, depuis Abraham Patras, originaire de Veynes, qui devint en 1735 gouverneur général des Indes Néerlandaises, jusqu’au général Augustin Guillaume, enfant de Guillestre, qui fut nommé en 1951 résident général du Maroc.

Ces quelques lignes ne suffisent pas à rendre compte de la richesse de l’ouvrage de Georges Dioque, ni de la densité des évènements qu’il rapporte, seule une lecture approfondie permet de revivre au travers des lettres et des récits la vie d’un homme d’exception confronté aux difficultés de chaque jour. Ce n’est pas de « l’Histoire – imaginée », comme la voyait Paul Valéry en écrivant que « l’historien fait pour le passé, ce que la sorcière fait pour l’avenir », c’est de « l’Histoire – réalité » pour reprendre une expression d’actualité. »

Ce qu’ils en pensent……

Jean COUSSO, président de l’Association des Amis du Vieux Hué (AAVH)
lire la critique ....


Gilles de GANTÈS, agrégé d’histoire, spécialiste du Vietnam, texte publié dans le numéro 13 de
la revue Moussons,  2010
lire la critique ....

Rapport de Jacques SERRE de l’Académie des Sciences d’Outre – Mer qui a conduit la commission des prix littéraires de cette Compagnie  à accorder à Georges Dioque le prix Auguste Pavie 2009
lire la critique ....

François HIEDSIECK, bulletin de l’Académie delphinale, n° 9 décembre 2008, rubrique « Bibliographie »
lire la critique ....

Philippe DUMONT, rédacteur en chef des Carnets du Viêt Nam, dans le numéro 21 (avril 2009) de cette revue
lire la critique ....

François BILLY, Le Dauphiné libéré, rubrique « Le livre du dimanche » du 23 novembre 2008
lire la critique ....


Ils en parlent.....

L’association des Anciens du Lycée Albert Sarraut de Hanoï (ALAS) a fait état de cet ouvrage dans son bulletin d’information n° 184  du 1er trimestre 2009.

Dans sa livraison d’août 2009 (n°197), La Cohorte, revue trimestrielle de la société des membres de la Légion d’honneur, a signalé à ses lecteurs la sortie de ce livre.

De même, la publication de cet ouvrage a été mentionnée dans le bulletin n°19, décembre 2009,  de l’association AROM (amitié – réalité – outre mer)

Sommaire

Cet ouvrage comprend dix-sept chapitres d’inégale importance, mais correspondant aux différentes étapes de la vie de Félix – Joseph Dioque :
Avant-propos
Introduction
- En Guinée
- Intermède métropolitain I
- Second séjour en Guinée
- Intermède métropolitain II
- L’Indochine….enfin !
- Dans la brousse en Annam
- L’année 1908
- Le broussard misanthrope
- Taciturne à Tourane…heureux en congé…joyeux drille à Hanoï !
- La Grande Guerre et un violent typhon à Tourane
- Gabelou ou flic ?
- En famille
- Le gabelou – flic
- Flic !
- Le contrôleur général
- Retraité ou directeur ?
- Le « retraité requis »
Annexes
- La carrière en Guinée et en Indochine
- Les traversées
- Les patrons et notamment les gouverneurs généraux
- Les rues de Hanoï
Index des noms propres
Sources et bibliographie

24 euros

448 pages ; nombreuses illustrations ;
publié en 2008
ISBN 978-2-904071-07-2