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UN COLONIAL
Ce qu'ils en pensent......

Un Colonial, Six Ans en Guinée, Quarante Ans en Indochine de 1898 à 1946Philippe DUMONT, rédacteur en chef des Carnets du Viêt Nam, dans le numéro 21 (avril 2009) de cette revue

« Reconnaissons à Georges Dioque de fournir avec cet hommage à son grand-oncle, figure de l’Indochine coloniale, un ensemble très riche mais sans doute imparfait.

Avec son titre à rallonges « Félix Dioque (1880 – 1948), Un Colonial, Six ans en Guinée… Quarante ans en Indochine, de 1898 à 1946 » ce travail n’est ni l’édition (au sens universitaire du terme) de la correspondance de Félix Dioque, ni le portrait construit d’un homme qui fut un rouage de l’histoire. D’abord, à s’en tenir à une chronologie au jour le jour, Georges Dioque émiette les faits et s’enferme dans une alternance de citations de lettres dont l’intérêt est très inégal et de commentaires historiques qui courent après les faits rapportés. Dans un second temps, faute de disposé d’une correspondance aussi abondante, l’auteur se fait plus synthétique, mais sa biographie tourne aux compliments : Il ne suffit pas d’être de la famille pour être le mieux à même de saisir le sens d’une vie.

Dans les deux premiers tiers di livre, Félix Dioque apparaît comme un soliloqueur dont les propos se perdent dans la lenteur des communications postales. Tel que les lettres à sa mère Anaïs le montrent, ce garçon est égoïste, toujours en quête d’un soutien familial, d’un piston pour un examen ou une nomination, voire d’une démarche de maman pour le fiancer ; toujours, il ne pense qu’à sa carrière et à ses problèmes de statut, de rémunération, de promotion. Ce souci de réussite le pousse aussi bien à la franc-maçonnerie dans se débuts, qu’au mariage quand le célibat devient un handicap pour sa respectabilité ; de l’admiration pour Jaurès dans sa jeunesse au déni des « salauds que l’imbécilité des électeurs et la crapulerie des ploutocrates avaient placés à la tête de notre pays. » Tandis que la réalité vietnamienne est renvoyée dans des lointains inaccessibles, ce fonctionnaire colonial ne vit que par rapport à ses semblables, si possible ceux qui sont des « pays » et il se révèle d’un chauvinisme exacerbé à l’égard de ses Dauphinois : « Quelles sales races peuplent les Pyrénées, les Landes et toute cette région. Cela vaut encore moins que la Corse et ce n’est pas peu dire. »

Il ne me revient pas de retracer la carrière de Félix Dioque : après six ans comme employé de commerce en Guinée, il opte pour les douanes indochinoises ; puis après avoir été détaché au Gouvernement général, il devient Contrôleur général de la Sûreté (accède au plus grands honneurs : Légion d’honneur, Dragon d’Annam, etc.) Néanmoins, cette reconversion se fait sans que l’on sache trop ce qu’il a réalisé, comme si son rôle à la Sûreté dont il fut un auxiliaire puis un responsable l’avait contraint au silence et à la discrétion, comme s’il avait été une sorte d’homme de l’ombre, de « barbouze » indispensable au système (Il est maintenu, puis rappelé alors qu’il a atteint puis dépassé l’âge de la retraite), jusque sous la présence japonaise et le coup de force du 9 mars 1945. »

Suite à cet article, échange de messages entre l’auteur et le rédacteur en chef :

1- Lettre du 25 mai 2009 de l’auteur

Tout d’abord, permettez-moi de vous complimenter sur la qualité de ces « Carnets » tant sur la forme que sur le fond. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article sur l’enseignement. Votre éditorial a retenu également toute mon attention car, étant moi-même engagé dans le milieu associatif, je sais ce que bénévolat veut dire avec un dévouement de tous les instants mais aussi les contraintes qui s’y rattachent.

En ce qui concerne mon livre, je suis bien conscient qu’il est imparfait pour plusieurs raisons, et tout d’abord parce que je suis nullement historien, je pratique l’histoire comme d’autres vont à la pêche à la ligne ! Et puis, c’est vrai, ce livre comprend deux parties nettement différenciées, la première dans laquelle je m’appuie sur les lettres retrouvées, la seconde sur ce que j’ai pu glaner notamment aux Archives d’outre-mer à Aix, également à la BnF et aux Archives nationales pour exploiter les annexes du procès Decoux. Vous avez noté la lenteur des communications postales, c’est exact et c’est ce qui m’a conduit à abandonner mon projet initial, celui de publier in extenso ses lettres, car comme mon « héros » écrivait en général tous les dix jours à sa mère et qu’il fallait attendre près de trois mois la réponse, il y avait forcément des redites au fil du temps !

Par ailleurs, je peux vous assurer que même si je suis de la famille de mon personnage, j’ai toujours tendu le plus possible vers l’objectivité à partir de la documentation à ma disposition. Je n’ai en aucun cas voulu me livrer à un panégyrique. La première partie de mon texte est là pour le prouver ; je n’ai pas hésité un instant à publier des extraits de ses lettres qui ne sont pas forcément à mettre à son actif. Vous insistez par exemple sur son chauvinisme exacerbé, oubliant entre parenthèses qu’il n’est souvent pas plus tendre avec ses compatriotes haut-alpins et même avec sa famille, ce qui n’est d’ailleurs pas à son honneur ! Ceci dit, c’est vrai que les associations régionales jouaient un rôle important dans la vie des coloniaux, à Hanoï notamment où celles des originaires de Corse ou du Sud-Ouest, pour ne citer qu’elles, étaient autrement organisées que les modestes mais bruyants Dauphinois !
Pour juger de son action à la Sûreté en particulier, je n’avais guère, sauf au tout début, que les appréciations de ses supérieurs, toujours excellentes, ce que ne manque pas de remarquer les chercheurs qui compulsent son dossier personnel. D’ailleurs, un auteur bien plus qualifié que moi a dit qu’il appartenait au « carré d’as » de la Sûreté.

Au sujet du piston, ce n’était pas et de loin un cas isolé, la recherche de soutien était un véritable sport national même en France métropolitaine au début du XXe siècle ; j’ai des exemples précis où pour le moindre poste, de cantonnier ou autre, le nombre de candidats était impressionnant et le piston jouait à fond. Un point, Félix a bien sûr recherché des appuis dans la franc-maçonnerie, mais il n’y est pas entré pour cela car il est né dedans, si je puis dire, appartenant à une famille franc-maçonne !

Vous affirmez que, pour ce fonctionnaire colonial, « la réalité vietnamienne est renvoyée dans des lointains inaccessibles » ; faut-il le montrer du doigt à ce propos car ce qui était plus qu’exact pour l’immense majorité des coloniaux, l’était un peu moins pour lui ? À la différence de la plupart des coloniaux, qui vivaient en vase clos et ne faisaient strictement aucun effort pour acquérir les rudiments de la langue locale, lui s’est astreint à parler le sousou en Guinée et le vietnamien dès son arrivée en Annam. Pour cela, il a recherché le contact quasi quotidien avec les notables du village voisin et par la même a appris beaucoup sur la vie de tous les jours de la population de même que sur ses traditions. Notons encore que pendant la Grande Guerre, il s’est occupé des enfants métis dont les pères étaient envoyés en Europe ; à peu près à la même époque, le résident de Donghoï disait sa satisfaction quant à son service « qu’il a toujours assuré avec fermeté mais sans tracasseries inutiles vis-à-vis de la population » ; combien de Français ont mérité là-bas un tel compliment ?

Peut-on le définir comme une barbouze - lui utilisait le terme de « casserole » ! - ? Je ne sais pas. S’il a été recruté par la Sûreté, c’est bien sûr à cause de sa connaissance de la langue et du « terrain », comme l’on dit de nos jours ! Mais très vite, il s’est imposé par son esprit méthodique et son talent d’organisateur ; qu’il ait mis en place un réseau de renseignement des plus efficaces, c’est certain. Au centre du dispositif, il a centralisé les informations venant de la Sûreté elle-même, des résidences, de multiples correspondants, informations exploitées par l’ensemble du service.

Étais-je le mieux placé pour entreprendre cet ouvrage simplement pour avoir déniché toutes ces lettres dans le grenier familial ? Probablement pas, j’ai eu cependant énormément de plaisir à tenter l’aventure ! Pourtant je suis bien persuadé que ce personnage aurait mérité mieux, par exemple qu’un historien spécialiste de l’Asie du sud-est, comme Christopher Goscha ou Gilles de Gantès, lui consacre une biographie.

2- Message du 10 juin 2009 du rédacteur en chef

(…) j’ai lu votre lettre avec beaucoup d’attention pour les précisions qu’elle apporte quant aux problèmes que vous avez eu à résoudre pour mener à bien votre étude. Sur les quelques points que j’avais avancés, vous apportez des précisions qui parfois n’avaient pas à l’être car ce n’est pas à une attaque de Félix Dioque à laquelle je me suis livré : j’ai simplement retrouvé dans votre ouvrage quelques éléments qui parcourent la littérature coloniale comme le piston et l’obsession de la carrière et, plus ou moins lié, l’attachement aux « pays », aux gens de la même province, utiles pour se serrer les coudes.

Le mot de « barbouze » était peut-être une facilité de ma part, mais je crois – et vous le reconnaissez – qu’il a monté un réseau de renseignement très efficace. Le problème est que, par définition, on ne sait pas exactement en quoi consistait ce renseignement et qu’on en reste aux suppositions. La reconnaissance officielle et les appréciations laudatives de ses supérieurs sont la preuve de son efficacité, mais sans que nous sachions précisément à quel effet. Vous-même comme votre lecteur, en êtes réduit aux suppositions et c’est un peuinsatisfaisant.

Pour mon affirmation selon laquelle « la réalité vietnamienne est renvoyée dans des lointains inaccessibles », je la maintiens, mais je dois l’expliciter. Ce n’est pas tant à Félix Dioque que je m’en prenais ; on sait que la collectivité française vivait parallèlement au monde « annamite ». C’est au livre que j’ai lu – donc à vous, je dois l’avouer – que je faisais ce reproche. Je voulais dire par là que j’aurais aimé voir exposer comment et pour quoi les mouvements nationalistes et les luttes révolutionnaires émergeaient si constamment avant de lire une histoire de leur répression qui faute de raisons d’être clairement justifiées semble n’être plus qu’une sorte de routine administrative.

Bref, vous voyez que le travail que vous avez accompli est riche et trouvera encore à être exploité quand bien même ce devrait être sur le mode de la controverse.

Recevez tous mes remerciements pour m’avoir fait connaître ce personnage.

3- Message de l’auteur du 24 juin 2009

Pour ma part, j’ai également énormément tardé à répondre à votre message dont je vous remercie sincèrement. J’en ai pris connaissance tout juste avant de partir en déplacement. J’ai apprécié vos commentaires que je partage assez largement. C’est vrai qu’après en avoir parlé avec des historiens professionnels, par exemple Charles Fourniau au tout début ou Gilles de Gantès , j’avais décidé d’aborder le sujet par le petit bout de la lorgnette d’autant que je ne me sentais pas vraiment de taille à apporter quelque chose de neuf par rapport à tant de remarquables auteurs mentionnés dans la bibliographie !

A côté de commentaires positifs que j’ai bien sûr appréciés, j’ai eu droit à un certain nombre de critiques, de remarques. Une d’entre elles vient de certains membres de l’association des anciens du lycée de Hanoï me reprochant l’utilisation du mot « colonial » dans le titre même du livre ; or , dans mon esprit, « Un Colonial » montre bien qu’il s’agit d’un exemple parmi tant d’autres….J’en reste perplexe ; les Français ayant fréquenté le lycée Albert Sarraut et bien que restant profondément attachés à ce pays de leur jeunesse, veulent-ils faire oublier qu’ils étaient eux-mêmes des coloniaux, ce qui n’est a priori ni péjoratif,…ni mélioratif, mais une réalité ? Avez-vous vous-même remarqué ce type de réactions dans vos contacts avec des anciens de l’Indochine ???

Ce qu’ils en pensent……

Jean COUSSO, président de l’Association des Amis du Vieux Hué (AAVH)
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Gilles de GANTÈS, agrégé d’histoire, spécialiste du Vietnam, texte publié dans le numéro 13 de
la revue Moussons,  2010
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Rapport de Jacques SERRE de l’Académie des Sciences d’Outre – Mer qui a conduit la commission des prix littéraires de cette Compagnie  à accorder à Georges Dioque le prix Auguste Pavie 2009
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Louis GONDRE, texte destiné au bulletin 2009 de la Société d’études des Hautes-Alpes
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François HIEDSIECK, bulletin de l’Académie delphinale, n° 9 décembre 2008, rubrique « Bibliographie »
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François BILLY, Le Dauphiné libéré, rubrique « Le livre du dimanche » du 23 novembre 2008
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Ils en parlent.....

L’association des Anciens du Lycée Albert Sarraut de Hanoï (ALAS) a fait état de cet ouvrage dans son bulletin d’information n° 184  du 1er trimestre 2009.

Dans sa livraison d’août 2009 (n°197), La Cohorte, revue trimestrielle de la société des membres de la Légion d’honneur, a signalé à ses lecteurs la sortie de ce livre.

De même, la publication de cet ouvrage a été mentionnée dans le bulletin n°19, décembre 2009,  de l’association AROM (amitié – réalité – outre mer)

Sommaire

Cet ouvrage comprend dix-sept chapitres d’inégale importance, mais correspondant aux différentes étapes de la vie de Félix – Joseph Dioque :
Avant-propos
Introduction
- En Guinée
- Intermède métropolitain I
- Second séjour en Guinée
- Intermède métropolitain II
- L’Indochine….enfin !
- Dans la brousse en Annam
- L’année 1908
- Le broussard misanthrope
- Taciturne à Tourane…heureux en congé…joyeux drille à Hanoï !
- La Grande Guerre et un violent typhon à Tourane
- Gabelou ou flic ?
- En famille
- Le gabelou – flic
- Flic !
- Le contrôleur général
- Retraité ou directeur ?
- Le « retraité requis »
Annexes
- La carrière en Guinée et en Indochine
- Les traversées
- Les patrons et notamment les gouverneurs généraux
- Les rues de Hanoï
Index des noms propres
Sources et bibliographie

24 euros

448 pages ; nombreuses illustrations ;
publié en 2008
ISBN 978-2-904071-07-2